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Paroles de Maire

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N° 33 - Février 1984

 

SOLIDARITÉ

DÉMOCRATIE

ET PAIX

EN FORME DE VŒUX

TROIS OBJECTIF

POUR LE MAIRE EN 1984

 

 

M.V. - Monsieur, le Maire, vous avez placé votre discours des voeux aux associations et à la population sur le triple signe de la solidarité, de la démocratie et de la paix.

 

G.C. - Oui, c'est vrai, mais j'ai d'abord parlé de l'Amitié. En  effet, quand le maire s'adresse à la population, c'est d'abord un homme qui s'adresse à des femmes et à des hommes. Et j'ai donc souhaité à chacun de la santé, de la réussite et surtout des amis. C'est dans les moments difficiles que l'on se rend compte de l'importance de l'amitié, de l'importance d'avoir un ou une amie, c'est-à-dire quelqu'un qui est là quand vous en avez besoin, et qui lorsque vous êtes en difficulté, vous donne a priori raison tout en vous acceptant ensuite tel que vous êtes. Oui, dans cette époque de difficulté, de développement de l'individualisme et d'égoïsme, j'ai souhaité à chacun, je me suis souhaité, d'avoir des amis.

Période de difficulté, dites­ vous ; c'est une phrase qui est revenue plusieurs fois dans vos propos.

Qui peut le nier, que ce soit dans notre région, en France, en Europe ou dans le monde ?

Qui peut nier cette formidable crise économique industrielle, cette crise de la pensée, de nos sociétés, de nos croyances, de nos certitudes ?

Qui peut aujourd'hui nier, quels que soient les choix différents en matière de solutions, le bouleversement présent et futur de nos structures industrielles, ces grandes mutations technologiques (dont on parle tant), avec leurs conséquences sur l'emploi, la consommation, les modes de vie.

Un virage aujourd'hui est à prendre, plus raide et plus rapide encore que celui au 19e de la révolution industrielle, avec des fractures possibles plus graves peut-être que la crise de 1929...

Mais à votre avis, peut-on faire quelque chose pour l'empêcher ou y remédier ?

On ne peut empêcher le virage et les mutations.

Elles sont inscrites dans l'Histoire. Mais on peut essayer à tous les niveaux d'en limiter les conséquences néfastes et d'empêcher des évolutions induites dangereuses d'où mon appel à plus de Solidarité et mes inquiétudes pour la démocratie.

La solidarité pour les plus défavorisés, je suppose ?

Bien sûr. La solidarité est un état d'esprit lié à la responsabilité qui refuse l'égoïsme sous toutes ses formes, qui suppose la remise en question, pour le bien commun, de certaines situations acquises, qui fait que chacun aborde les problèmes collectifs avec un état d'esprit nouveau...

Et ce n'est simple pour personne.

Il suffit, pour s'en convaincre, de voir partout la multiplication des manifestations catégorielles de toutes origines.

En France on a toujours été pour le changement et pour plus de justice... à condition de maintenir les « sacro-saints » « avantages acquis ».

L'avenir amènera aussi de gré ou de force le bouleversement de cet état d'esprit.

On le voit, la Solidarité aujourd'hui et demain, sera autre chose que de donner à celui qui n'a rien une part de son superflu...

Quel traumatisme !

Oui et c'est pourquoi, face à ces bouleversements, je crie « attention à la démocratie ». C'est un bien fragile, et comme pour la liberté, on se rend compte de sa valeur souvent quand elle a disparu.

La démocratie suppose la vérité, la transparence et la rigueur. Il faut de vrais débats dans lesquels on oppose des faits à d'autres faits, des idées à d'autres idées, et jamais des insultes à des faits. Des débats où chacun peut reconnaître ses erreurs, où chacun accepte de se tromper.

Et là, je suis inquiet quand, dans un débat national sur un grand dossier financier, j'entends un ancien ministre à Tourcoing répondre à des faits par des insultes au Président de la République.

Et sur un autre plan, à un autre niveau, sur le plan local, je suis inquiet quand je vois certains transformer les positions municipales pour mieux ensuite les combattre au lieu de se contenter de débattre honnêtement sur des faits et même des désaccords réels.

Quel que soit le niveau, quel que soit le titre des responsables, nous sommes tous comptables de la démocratie et nous n'avons ni à droite, ni à gauche, intérêt à la voir disparaître.

Nous sommes donc aussi tous comptable de la qualité du débat démocratique... Elle exige de toujours revenir aux faits et la presse, peut et doit nous y aider.

J'en appelle à nouveau à l'esprit de responsabilité.

Il faut savoir que tout se paie et que dans une Société, on ne peut impunément dire et faire n'importe quoi.

Solidarité, démocratie et paix ?

Elles sont liées. Il ne peut y avoir de vraie Paix, sans Solidarité, ni Démocratie, et bien sûr, sans Liberté et sans Justice.

La Paix, c'est l'équilibre entre des citoyens et des pays libres. Cela ne peut être l'équilibre de la domination des uns sur les autres.

La Paix, c'est une volonté. La Paix se mérite. La Paix est un combat.

Pour avoir, pour garder, pour reconquérir la Paix, il faut aussi avoir les moyens d'avoir, de garder, de reconquérir son identité, sa liberté, son indépendance.

Quarante ans après le débarquement allié en Normandie qui devait débuter la libération de la France avec la Résistance, c'est aussi le moment de rappeler la leçon de la Résistance et des résistants.

Ils se sont battus pour la Paix en faisant la guerre à la dictature, aux bourreaux, et au totalitarisme. Ils se sont battus pour la Paix en se battant pour la liberté et la Démocratie.

 

C'est aussi la leçon de Jean Moulin que nous avons rappelée en décembre en donnant son nom à la place centrale de la Cousinerie centre.

 

On ne fait rien de grand sans unité profonde, c'est-à-dire sans volonté de chacun de faire passer vis-à-vis des autres ce qui unit avant ce qui divise.

Oui, la Solidarité, la Démocratie et la Paix, sont bien trois grandes valeurs, trois grandes volontés, trois grands objectifs indissociables les uns des autres.

Faisons tous ensemble en 1984, l'effort de les faire progresser.

 

Février 1984

 

 

 

      

"Il n'est pas nécessaire d'être d'accord sur tout pour bien travailler ensemble au service de tous!"