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SOLIDARITÉ
DÉMOCRATIE
ET PAIX
EN FORME DE VŒUX
TROIS OBJECTIF
POUR LE MAIRE EN 1984
M.V.
- Monsieur, le Maire,
vous avez placé votre discours
des voeux aux associations et à la
population sur le triple
signe de la solidarité, de la démocratie et de la paix.
G.C.
-
Oui, c'est vrai, mais
j'ai d'abord parlé de l'Amitié.
En effet,
quand
le
maire
s'adresse à la population, c'est
d'abord un homme qui
s'adresse à des femmes et à
des hommes. Et j'ai donc souhaité à chacun de la santé, de
la réussite et surtout des amis.
C'est dans les moments
difficiles que l'on se rend
compte de l'importance de
l'amitié, de l'importance d'avoir un ou une
amie, c'est-à-dire quelqu'un
qui est là quand vous en avez
besoin, et qui lorsque vous êtes en
difficulté, vous donne a priori raison tout en vous
acceptant ensuite tel que vous
êtes. Oui, dans cette époque
de difficulté, de
développement de l'individualisme et
d'égoïsme, j'ai souhaité à chacun,
je me suis souhaité, d'avoir
des amis.
Période de difficulté, dites
vous
;
c'est une phrase qui est
revenue plusieurs fois dans
vos propos.
Qui peut le nier, que ce soit
dans notre région, en France,
en Europe ou dans
le
monde
?
Qui peut nier cette formidable
crise économique industrielle,
cette crise de la pensée, de
nos sociétés, de nos croyances,
de nos certitudes
?
Qui
peut
aujourd'hui
nier,
quels que soient les choix différents
en matière de solutions,
le bouleversement présent
et futur de nos structures
industrielles, ces grandes
mutations technologiques
(dont on parle tant), avec leurs
conséquences sur l'emploi, la
consommation, les modes de
vie.
Un virage aujourd'hui est à
prendre, plus raide et plus
rapide encore que celui au 19e
de la
révolution industrielle,
avec des
fractures
possibles
plus
graves
peut-être
que
la
crise de 1929...
Mais à votre avis, peut-on faire
quelque chose pour l'empêcher
ou y remédier
?
On ne peut empêcher le virage
et les mutations.
Elles sont inscrites dans l'Histoire.
Mais on peut essayer à
tous les niveaux d'en limiter
les conséquences néfastes et
d'empêcher
des
évolutions
induites
dangereuses d'où
mon appel à plus de Solidarité
et mes inquiétudes pour la
démocratie.
La solidarité pour les plus défavorisés,
je suppose
?
Bien sûr. La solidarité est un
état d'esprit lié à la responsabilité
qui refuse l'égoïsme sous
toutes ses formes, qui suppose
la remise en question,
pour le bien commun, de certaines
situations acquises, qui
fait que chacun aborde les problèmes
collectifs avec un état
d'esprit nouveau...
Et ce n'est simple pour personne.
Il suffit, pour s'en convaincre,
de voir partout la multiplication
des manifestations catégorielles de toutes origines.
En France on a toujours été
pour le changement et pour
plus de justice... à condition de
maintenir les « sacro-saints »
«
avantages acquis ».
L'avenir amènera aussi de gré ou de force le bouleversement
de cet état d'esprit.
On le
voit,
la
Solidarité
aujourd'hui et demain, sera
autre chose que de donner à
celui qui n'a rien une part de
son superflu...
Quel traumatisme
!
Oui et c'est pourquoi, face à
ces bouleversements, je crie
« attention à la démocratie ».
C'est un
bien
fragile, et
comme pour la liberté, on se
rend compte de sa valeur souvent
quand elle a disparu.
La
démocratie
suppose la
vérité,
la
transparence
et la
rigueur. Il faut de vrais débats
dans lesquels on oppose des
faits à d'autres faits, des
idées à d'autres idées, et jamais des
insultes à des faits. Des débats
où chacun peut reconnaître
ses erreurs, où chacun
accepte de se tromper.
Et là, je suis inquiet quand,
dans un débat national sur un
grand dossier financier,
j'entends un ancien ministre à
Tourcoing répondre à des faits
par des insultes au Président
de la République.
Et sur un autre plan, à un autre
niveau, sur le plan local, je suis
inquiet quand je vois certains
transformer les positions
municipales pour mieux
ensuite les combattre au lieu
de se contenter de débattre
honnêtement sur des faits et
même des désaccords réels.
Quel que
soit le niveau, quel que soit le
titre des responsables,
nous sommes tous
comptables de la démocratie
et nous n'avons ni à droite, ni à
gauche, intérêt à la voir
disparaître.
Nous sommes donc aussi tous
comptable de la qualité du
débat démocratique...
Elle
exige de toujours revenir aux
faits et la presse, peut et doit
nous y aider.
J'en appelle à nouveau à
l'esprit
de responsabilité.
Il faut savoir que tout se paie
et que dans une Société, on ne
peut impunément dire et faire
n'importe
quoi.
Solidarité, démocratie et
paix
?
Elles sont liées. Il ne peut y
avoir de vraie Paix, sans Solidarité,
ni Démocratie, et bien
sûr, sans Liberté et sans Justice.
La Paix, c'est l'équilibre entre
des citoyens et des pays
libres. Cela ne peut être l'équilibre
de la domination des uns
sur les autres.
La Paix, c'est une volonté.
La Paix se mérite.
La Paix est un combat.
Pour avoir, pour garder, pour reconquérir la Paix, il faut aussi
avoir les
moyens d'avoir, de garder, de
reconquérir son identité,
sa liberté, son indépendance.
Quarante ans après le débarquement
allié en
Normandie
qui devait débuter la libération
de la France avec la Résistance,
c'est aussi le moment de
rappeler la leçon de la
Résistance et des résistants.
Ils se
sont battus pour la Paix en faisant
la guerre à la dictature,
aux bourreaux, et au
totalitarisme. Ils se sont battus
pour la Paix en se battant pour
la liberté et la Démocratie.
C'est aussi la
leçon de Jean Moulin que nous avons rappelée en décembre en donnant son
nom à la place centrale de la Cousinerie centre.
On ne fait rien de grand sans
unité
profonde, c'est-à-dire
sans volonté de chacun de
faire passer vis-à-vis des
autres ce qui unit avant ce qui
divise.
Oui, la Solidarité, la Démocratie
et la Paix, sont bien trois
grandes valeurs, trois grandes
volontés, trois grands objectifs
indissociables les uns des
autres.
Faisons tous ensemble en
1984, l'effort de les faire progresser.
Février
1984
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