1977-2001

Paroles de Maire

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1988

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N° 31 - janvier 1988

 

 

"IL NE SUFFIT PAS D'ÊTRE HEUREUX,
IL FAUT ENCORE QUE LES AUTRES LE SOIENT"

Jules Renard

 

MJH: A l'heure des bilans de fin d'année, quels sont pour vous les faits marquants à Villeneuve­ d'Ascq en 1987 ?

Gérard Caudron: C'est d'abord en positif la reconnaissance de la Technopole comme une réalité concrète par les institutions et les observateurs. C'était un pari au départ. Nous sommes en train de

le gagner. C'est aussi en positif, l'équilibre de la ville autour de ses potentiels touristiques, associatifs et sportifs.

En négatif, ce sont l'aggravation des difficultés de vie pour une part croissante de la population et au niveau de la Métropole la "dérive" de la Communauté Urbaine.

 

MJH : Et en dehors de Villeneuve?

G.C.: Sur le plan international, 1987 fut une année marquée par les prémices d'un désarmement en Europe, signé par les États Unis et l'URSS en l'absence, malheureuse­ment, de l'Europe.

Sur le plan national, l'aggravation de la crise et des misères dues à la faillite de la politique dite libé­rale.

 

MJH: La ville se cherche une iden­tité culturelle autour de ses équi­pements. En 1988, la Maison d'accueil des colloques (MAC) sera inaugurée sur le campus. Si on soulève le voile qui recouvre '1e volet culturel de la technopole" que trouve-t-on derrière?

G.C.: La technopole n'est pas une fin en soi: les créations d'entrepri­ses, l'innovation, l'environnement universitaire sont des moteurs de la vie et donc de la culture. Mais donner une identité culturelle à une ville technopole qui a succédé à une ville nouvelle, ce n'est pas facile. D'autant plus qu'il faut inté­grer tout l'héritage culturel des 3 Cités qui existaient avant 1970. Pour le moment, les structures exis­tent, les initiatives sont nombreu­ses. Nous avons cette année progressée dans les domaines de la musique, des arts graphiques, de l'art moderne et du livre. Il faut maintenant donner un souffle fort, une cohérence à toutes ces mani­festations. Il faut aussi les transfor­mer en rendez-vous de portée plus importante, favoriser les créations, se donner les moyens de faire par­ticiper plus de monde.

Je fais confiance aux Villeneuvois pour y arriver dans les trois pro­chaines années.

 

MJH: New Look également pour la Rose des Vents. A l'extérieur, avec beaucoup de travaux, mais aussi à l'intérieur. Outre les apports technologiques, quels projets avez­ vous pour donner un nouveau tonus à cet équipement?

G.C.: La Rose des Vents, dans sa dimension nouvelle, se doit de prendre sa place dans l'identité culturelle de la ville. Il faut gé­nérer, communiquer, une nouvelle passion. Ce n'est pas le plus facile!...

Tout projet présenté en ce sens sera un apport pour la ville et la région. Cette dynamique requiert le punch qu'ont manifesté les par­tenaires de la technopole depuis un an, et les Villeneuvois dans leur ensemble depuis plus de 10 ans.

 

MJH: L'aménagement du centre ville va peut-être trouver une solu­tion avec le rachat des cellules vides de la Chaussée de l'Hôtel-de­Ville, qui auront, pour la plupart, vocation à rayonner dans les domaines de la technologie et de la culture. Avez-vous renoncé à tout projet d'équipements commer­ciaux sur la Chaussée Haute ?

G.C. : Les projets actuels liés à la culture scientifique et aux loisirs doivent animer la Chaussée de l'Hôtel-de-Ville. L'environnement s'y prête. Globalement, le dévelop­pement commercial du centre ville est bon. TI va s'accélérer en 1988 et 1989. Nous aurons alors un cen­tre ville digne de ce nom, j'en suis sûr ! Il apparaît souhaitable, à côté du secteur commercial de Valmy et de V2 qui doivent encore s'agrandir, de rééquilibrer le quartier du côté de la Rose des Vents, de l'Hôtel de Ville et du Commissariat.

 

MJH: La courbe de Babylone est équipée depuis quelques mois de nouveaux signaux appelant à la prudence des conducteurs. Pensez-vous que cela sera suf­fisant ?

G.C.: Les premières mesures d'urgence sont prises. Je les récla­mais depuis très longtemps. Mais le remède attaque les symptômes de la maladie sans s'occuper de la cause; la rocade dessert une agglomération et assure un tran­sit international. Elle reste dange­reuse. Il faudra bien, à moyen terme, envisager des solutions plus radicales pour assurer la sécurité: la déviation d'une partie du trafic sur une voie de contournement de la ville à créer, ces mesures coû­teuses doivent faire appel à d'autres financements. Je continue à me battre pour attirer l'attention des autorités sur ce problème. Le développement économique de la Métropole passe aussi par de nou­velles voies de communication si on veut en faire un vrai centre européen.

 

MJH: Les maires des 4 grandes villes de la Métropole se sont ren­contrés. Cette réunion, avant les prochaines échéances électorales, - n'est-elle pas été programmée trop tôt ou trop tard?

G.C. : Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Au-delà des projets de société; les problèmes rencontrés par tous les maires sont du même ordre. Si ces réunions sont l'expres­sion d'une conscience commune de dossiers porteurs d'avenir et de nouveau économique, autant les aborder ensemble et vite. Ce sera profitable à tous !

 

MJH: Ces réunions sont-elles ame­nées à se renouveler?

 

G.C. : Je souhaite en voir d'autres en 1988. Les partenaires semblent .aujourd'hui d'accord.

 

MJH: Exit l'idée du Grand Lille avec des fusions de communes. "Lille Métropole" sera le fruit de travaux menés en collaboration. En quoi l'arrivée du TGV en gare de Lille intéresse-t-elle Villeneuve-d'Ascq?

 

G.C.: Le TGV en gare de Lille, c'est un atout majeur pour une Métropole de dimension euro­péenne. C'est en effet l'enjeu de l'avenir.

Il est inutile, voire dérisoire, de peser au centime près, ce que cha­cun apportera ou retirera de l'effort collectif et de ses résultats. Tout doit s'additionner pour que Lille Métropole gagne avec Lille, Rou­baix, Tourcoing, Villeneuve ­d'Ascq et toutes les autres commu­nes. La Technopole, à quelques minutes de cette gare, en bénéfi­ciera, tout en la valorisant. Le TGV à Lille est une condition, un outil de développement. Si on était au rugby, on dirait, c'est un essai. Reste à le transformer.

 

MJH: Les problèmes quotidiens de bon nombre de vos administrés res­tent éloignés des analyses pros­pectives: expulsion, chômage, dénuement, délinquance, misère... un déphasage plus apparent encore au moment de l'hiver et qui appelle à la mobilisation de tous. Comment ressentez-vous ces res­trictions de liberté, ces difficultés de survie qui pénalisent, margina­lisent, une partie de la popu­lation ?

G.C.: L'aggravation des inégali­tés porte en soi l'explosion possi­ble de notre société. Il y a malheu­reusement,une valeur morale qui régresse la notion morale de jus­tice. La solidarité sans recherche de justice, c'est de l'assistanat. La solidarité, que je défends politi­quement, c'est d'abord une solu­tion d'attente, mais c'est surtout un état d'esprit destiné à cons­truire une société plus juste. Je ne peux supporter la misère; elle m'angoisse! Je vis mal, permanen­ces après permanences, la misère, l'inquiétude, le désarroi des gens que je rencontre. Je suis intime­ment interpellé, impliqué dans les drames de ceux qui viennent cher­cher la moindre forme de secours auprès de moi... Ces signaux de détresse sont poignants. Même si on rêve d'avenir, d'essor économi­que, il ne faut pas oublier de se retourner sur le chemin pour aider ceux qui ne peuvent suivre. IL doit y avoir une place pour tout le monde. Le progrès ne se fera pas sans justice. Entre ceux qui ont tout, et ceux qui n'ont plus d'espoir, il y a un fossé à combler... TI n'est pas trop tard pour le comprendre!

 

MJH: Vous dites avoir consacré beaucoup de temps, ces derniers mois, à la réflexion. Sur quoi porte-t-elle ?

G.C. : On parle tellement de muta­tion de la société que je m'inter­roge sur son avenir et la place que doivent prendre les projets politi­ques en l'An 2000.

Avons-nous, socialistes, des répon­ses adaptées à cette évolution et lesquelles? Comment éviter la "société duale" chère aux écono­mistes et aux sociologues? Com­ment préserver sa différence, quand le moule menace? Le faut-­il ? Et quels moyens utiliser ?...

 

MJH: La ville vit maintenant au rythme de la formulation des vœux pour 1988. Si une bonne fée réa­lisait un de vos vœux, mais un seul, quel serait-ce?

G.C.: Il faudrait que ce soit une bonne fée "hors cadre" ! Mon vœu serait que je puisse résoudre quo­tidiennement une situation sociale dramatique ! M'enlever ainsi ce sentiment d'impuissance qui m'étreint face à la misère de tant de gens !

Ajouterais-je un peu moins d'into­lérance et de violence partout... Mais là, ce n'est plus un vœu, ni même un rêve! C'est le domaine du fantasme !...

 

Propos recueillis le 28 décembre
auprès de M. Gérard Caudron