|

RÊVER SA VILLE ET AGIR AU QUOTIDIEN
LA CULTURE: UN ENJEU POUR VillENEUVE...
P.Y.F. : La culture ne semblait pas jusqu'ici une priorité
pour vous. Voici que vous la présentez comme un atout à mettre en
valeur, à développer pour Villeneuve demain. Quelles sont pour vous les
composantes d'une politique culturelle pour votre ville?
Gérard Caudron: Nous devons à la fois:
- Conforter ou lancer des actions culturelles permettant au plus grand
nombre possible de Villeneuvois, d'y accéder;
- Développer notre dimension culturelle régionale, nationale et
européenne.
Il faut aussi créer des événements qui fassent parler de nous et qui
renforcent "notre image".
P. Y. F. : Une ville jeune ne doit-elle pas aussi mettre l'accent
sur une culture pour les jeunes (rock, mode, vidéo...) ?
G.C. : Je crois beaucoup aux jeunes. Et je suis prêt à continuer à aider
leurs projets. A condition qu'ils acceptent aussi, à chaque fois, de
faire la part des rêves et des réalités.
Oui, sous toutes ses formes, la culture est un des grands enjeux pour
Villeneuve-d'Ascq, dans les dix prochaines années.
UN CONCOURS POUR LE CENTRE VILLE
P.Y.F: Méfiant vis-à-vis des concours d'architecte, vous prenez
finalement la décision d'en lancer un pour l'aménagement du centre
ville. Comment se présentera ce centre ville demain?
G. C. : Déjà le sud du quartier se développe bien.
L'important aujourd'hui et pour demain tient dans l'aménagement du
Nord: entre la Rose des Vents, le commissariat et le métro. Sans oublier
la place Allende et les rues piétonnes.
Il faudra y prévoir de nouveaux éléments d'animation: comme des
restaurants, un hôtel, avec les parkings nécessaires...
Assurer des liaisons entre la chaussée Haute et le boulevard Van-Gogh.
La pièce; maîtresse y sera le centre de culture scientifique de
l'ALIAS.
L'hôtel de ville, avec son extension à construire, deviendra la maison
du citoyen: un lieu où en plus des services à rendre à la population
seront proposées des animations (ludothèque...).
Nous avons donc fait le choix de lancer un concours d'aménagement, pour
limiter les erreurs dues à des précipitations, intégrer les contraintes,
y compris financières et foncières, et élargir la gamme des
possibilités.
CONSTRUIRE DE NOUVEAUX LOGEMENTS
P. Y.F. : Il reste des zones constructibles dans la ville.
La construction de logements, arrêtée avec la finition de la ville
nouvelle pourrait-elle reprendre?
G.C. : Nous avons en effet décidé en son temps, de réduire les
constructions de logements. Puis la D.D.E. (direction départementale de
l'équipement) et la communauté urbaine ont coupé tout crédit au profit
d'autres villes.
Nous ne reprendrons pas de grandes opérations d'urbanisation, si je
suis élu.
Mais il y a la liaison avec les quartiers Nord à réaliser, quelques
"dents creuses" à boucher, quelques lotissements pour personnes âgées
ou jeunes ménages à prévoir. Peut-être aussi un programme, dans le cadre
de l'aménagement économique de la zone de la Haute-Borne, inscrite dans
la charte des quatre grandes villes de la métropole.
Mais construire des logements n'est pas un enjeu essentiel pour nous.
Obtenons d'abord l'amélioration des logements existants et de leur
environnement. Obtenons de l'État, une politique plus sociale du
logement social. Et surtout, continuons à développer économiquement
notre ville.
Comment éviter, qu'il y ait, au niveau de l'Europe, des millions de
gens, qui ne vivent que d'assistance et de jeux télévisés?
Comme à l'époque de la décadence de l'empire romain, tout ce peuple qui
n'avait que les jeux et le pain...
P. Y. F. : Le risque n'est-il pas d'institutionaliser la
pauvreté, si le volant d'insertion du R.M.I. ne joue pas à plein?
G.C. : Le risque n'est pas d'institutionnaliser la pauvreté. Elle
existe et se développe. Le R.M.I. peut la réduire, du moins
pécuniairement.
Le risque est de laisser se créer une société où des gens auront
travail, utilité, ambition, argent et pouvoir aux côtés d'une masse
d'assistés sans projet, ni avenir.
Ce serait cela, sans nul doute la fin, à terme, de la Démocratie.
SE MOBILISER CONTRE LA PAUVRETÉ
P. Y.F : Vous êtes contre l'assistanat. L'esprit de la loi
du R.M.I. (revenu minimum d'insertion) qui lie allocation et action
insertion doit donc vous convenir. Comment, vous, en tant que vice
président du conseil général, chargé du R.M.I. et en tant que maire,
comptez-vous aller plus loin pour permettre /'insertion des plus
défavorisés?
G.C. : En matière d'insertion et de réinsertion, on ne part pas de
rien. Il existe déjà des politiques et des institutions fortes. Mais il
faut passer à une dimension nettement supérieure. Je l'ai souvent
répété, il faut une mobilisation de l'ensemble de la société. Ce n'est
pas seulement ou simplement la tâche d'un gouvernement mais celle du
pays tout entier.
Cornent en l'an 2000, réussir à trouver à chacun une place, une utilité,
un rôle dans la société?
UN ÉQUIPEMENT DE TAILLE EUROPÉENNE...
P. Y.F. : L'Europe, comment réussirez-vous à y intéresser
les Villeneuvois?
G.C. : D'abord en répétant et en expliquant inlassablement à chacun que
l'Europe est la condition absolument nécessaire pour nos enfants, de la
survie, dans un monde dur, des valeurs auxquelles nous sommes très
attachés: liberté, démocratie, culture, histoire, humanité; tout en
développant l'efficacité économique.
Ensuite, en faisant de la Région Nord – Pas-de-Calais un véritable
carrefour européen. Et dans ce cadre, en y jouant à fond, la carte
Villeneuvoise.
Et pour cela, il faudra obtenir sur Villeneuve, un équipement
universitaire, économique ou culturel, de taille européenne.
C'est loin d'être gagné. Mais je m'y attacherai avec toutes mes forces.
SE TOURNER VERS LE TIERS-MONDE
P. Y. F : On vous sent plutôt réservé ces derniers temps
quant à des relations possibles avec le Tiers-Monde. Est-ce dire que
vous ne croyez pas ou plus à un partenariat avec une ville du
Tiers-monde?
G.C. : Je suis partisan d'une action forte des pays industrialisés
vis-à-vis du TiersMonde. Les déséquilibres actuels sont mortels. Mais
c'est vrai que pour avoir étudié de près certaines expériences de
partenariat Ville Tiers Monde, j'en sens les limites et les risques.
Bien sûr elles peuvent concourir à des prises de conscience. Et cela
aussi, il ne faut pas se le cacher, donne "bonne conscience". Mais les
résultats en sont souvent bien minces.
Je suis prêt à examiner tout projet. Mais je serai extrêmement vigilant.
ROCADE: NE PAS FAIRE QU'Y PASSER
P. Y. F. : La rocade, tout comme la voie ferrée, tronçonne
la ville. De cette erreur des urbanistes, vous voulez faire un atout.
Mais la rocade est saturée. Elle ne joue pas encore son rôle de vitrine
économique comme vous le souhaiteriez. Et puis comment donner l'envie à
ceux qui ne l'empruntent que pour traverser la ville, de s'y arrêter?
G.C. : Saturée à certaines heures? Oui, elle l'est. Et il faut prévoir
le contournement est de Villeneuve-d'Ascq.
Vitrine
économique de la ville: elle l'est dans les faits. Les terrains, pour la
plupart, ont déjà été commercialisés.
Donner l'envie de s'arrêter: c'est tout le problème de nos projets, de
notre attractivité, de nos grands équipements, de notre image
culturelle, sportive, écologique.
.COUR, COURTISANS, SEDUCTION…
P.Y.F. : Vous avez vos courtisans, N'y a-t-il pas danger qu'ils
fassent écran aux critiques que sans doute vous pourriez recevoir ?
G.C. / Je n'ai ni cour, ni courtisans. C'est peut être pour cela que je
ne ferai surement jamais une grande carrière politique.
Mais avoir une cour qui vous étouffe, même si elle a de bonnes
intentions, c'est se couper des gens et des réalités.
La contestation, non seulement je la perçois, mais j'y suis confronté en
permanence, dans mes rencontres physiques, nombreuses avec les
Villeneuvois, par le courrier que je reçois, par les messages minitel,
et le téléphone.
Ne vous inquiétez pas : je ne vis pas dans les nuages et je n'ai pas "la
grosse tête".
P.Y.F. : Tout de même, vous cherchez à séduire. ! en politique
entendons nous…
G.C. Tout le monde cherche à séduire.
Est c'est vrai que j'aime être aimé, dans le cadre public de mon action.
Mais je n'ai jamais, ni sur le fond, ni sur la forme, de démagogie.
Mon souci n'est pas de séduire, mais de réussir à faire ce à quoi je
m'engage.
P. Y.F. : Votre parti, le P.S., en 1981, proposait de changer la
vie. On ne peut plus dire qu'il cherche à nous faire rêver maintenant.
Le programme municipal que vous défendrez en mars prochain, en tant que
tête de liste, et socialiste, laissera-t-il une part au rêve lui?
G.C. : Toute la question est là quand on élabore un programme:
avoir des projets qui fassent rêver ceux qui en ont besoin. Comme par
exemple un équipement pilote dans le domaine de la culture scientifique.
Autre exemple: faire de Villeneuve, un pôle écologique, scientifique et
grand public.
Autre exemple encore: être la ville où se créent de grands événements
culturels et sportifs.
Mais il faut dans le même temps, du réalisme. En particulier du réalisme
financier. Éviter des tentations "mégalomanes". Car il faut aussi rendre
les services quotidiens à ceux pour qui c'est nécessaire. Améliorer les
services qui existent, en créer de nouveaux.
C'est peut-être cela le plus difficile: rêver sa ville, et agir au
quotidien pour essayer de résoudre les préoccupations de chacun.
UNE VILLE LABYRINTHE : REVOIR LA SIGNALISATION
P.Y.F. : Villeneuve d'Ascq apparaît comme une ville labyrinthe.
Surtout pour les gens qui n'y habitent pas et qui appréhendent toujours
de s'y rendre et d'y circuler, de peur de s'y perdre. Les panneaux
d'indication routière sont innombrables. Mais devant une telle
surinformation on ne s'y retrouve plus. Ne pensez vous pas qu'il y a
quelque chose à faire pour améliorer cette situation et rendre ainsi la
ville plus accueillante ?
G.C. : Il est vrai que la ville est très étendue.
Il est vrai aussi que l'urbanisation "Ville nouvelle", faite souvent
pour concilier un sentiment d'autonomie de chacun dans un environnement
par ailleurs très collectif difficile la recherche de telle maison ou
tel appartement.
A mon avis il n'y a pas de grande solution "miracle". Mais d'abord toute
une série d'amélioration de signalisation pour certains lotissement ou
groupes d'immeubles.
Il faudra aussi un jour, mais là, c'est de la compétence de la
communauté urbaine, revoir le plan global de la grande signalisation,
pensé il y a dix ans
Propos recueillis par Pierre- Yves Flament auprès
de
Gérard Caudron.
Le 2 janvier 1989.
|