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L'INSERTION: CHACUN DOIT Y APPORTER SA
PART
MÉTRO ET TRAMWAY
P. Y.F. : Le maire de Villeneuve-d'Ascq peu-il être satisfait du
tracé de la ligne 2 du métro, qui reliera Lille à Roubaix-Tourcoing?
Gérard Caudron: Je suis, très heureux que le bon sens l'ait enfin
emporté, avec la décision communautaire d'une ligne continue, assurant
la liaison Lille-Mons-Villeneuve-Wasquehal-Croix-Roubaix-Tourcoing.
Après les deux premières lignes déjà construites, ce sera en fait la
ligne N° 3, la plus chère sans doute, mais aussi une ligne indispensable
pour rééquilibrer la Métropole et lui donner toutes ses chances.
Je regrette cependant tout le temps perdu. Car ce tracé adopté à
l'unanimité le 21 décembre 1990 par le conseil de la CUDL, l'avait déjà
été, il Y a plusieurs années auparavant, avant d'être remis en cause
d'abord par Marcq et La Madeleine, puis par Wasquehal et Roubaix.
Avec un tramway moderne dès 1993, Villeneuve-d'Ascq aura en son Nord,
deux stations de tramway et une ou deux stations de métro.
L'élu communautaire est satisfait. Le maire aussi bien entendu.
Restera, au-delà des calculs financiers toujours compliqués et
"rassurants" parfois, à assurer le développement économique optimal de
notre Métropole, pour permettre le financement de cet important
investissement qui s'ajoute à tous les autres « grands projets
communautaires ".
C'est maintenant notre tâche prioritaire tout autant que celle de
respecter les délais fixés pour la construction de la ligne. L'apport
Villeneuvois sera important, si on nous en donne tous les moyens.
R.M.I., DEUX ANS APRÈS
P.Y.F. : Le R.M.I., revenu minimum d'insertion a deux ans. Vous
étiez de ceux qui avaient réfléchi à cette mesure visant à réduire la
misère tout en aidant les bénéficiaires à se réinsérer. Avant même le
vote de la loi, Villeneuve mettait en place des actions d'insertion.
Quel premier bilan peut-on en tirer?
G.C. : Même si elle n'est pas disparue, la misère a été réduite avec
cependant le maintien de marginaux et surtout des insuffisances pour
les moins de 25 ans. L'insertion n'a pas été à la hauteur de ses
ambitions et là c'est plus grave. Certains départements n'ont pas joué
"le jeu" et d'autres ont une vision restrictive de l'Insertion. A
Villeneuve, nous nous étions préparés à organiser l'insertion. Si bien
que le dispositif a été ici très rapidement opérationnel.
Nous sommes restés en avance quantitativement par le nombre de dossiers
traités et de contrats d'insertion signés, qualitativement par une
diversification des actions et un multipartenariat accru.
Nous avons su impulser ce multipartenariat dans le cadre de la mission
locale et nous avons eu la chance, d'avoir une équipe de circonscription
sociale qui a su se mobiliser et travailler de concert avec nous pour un
réel travail d'insertion.
Deux après la mise en œuvre du R.M.I. on peut dire que la Commission
Locale d'Insertion et tous les acteurs de l'insertion sur la ville ont
bien travaillé.
Depuis deux ans, 600 foyers Villeneuvois ont bénéficié du R.M.I. et
chaque mois plus de 300 foyers reçoivent une allocation et bénéficient
de mesures d'insertion.
P. Y.F. : Quelles initiatives nouvelles la ville est-elle prête à
prendre pour l'insertion?
G.C. : L'insertion est l'affaire de tous. Elle nécessite la
mobilisation de tous et ne doit pas rester une affaire de spécialistes.
Cela dit chaque partenaire doit y apporter sa part d'effort.
Pour sa part, la municipalité, au-delà du financement apporté au
fonctionnement de la maison locale, prendra en 1991 des initiatives
nouvelles pour l'insertion.
Elle accueillera ainsi dans ses services des personnes en .contrat
emploi solidarité, à la condition que cela se situe dans une démarche
d'insertion et soit accompagné de formation.
Elle apportera une aide financière aux associations qui accueilleront
des personnes en contrat emploi solidarité.
Elle débloquera des moyens adaptés pour permettre le développement de
l'offre de formation sur Villeneuve.
Elle renforcera les liens entre le monde de l'insertion et le monde.
économique.
P.
Y.F. : Au fait l'insertion, qu'est-ce que cela signifie pour vous?
G.C.:
Il ne faut jamais désespérer de l'Homme qui doit toujours être
considéré' comme un tout. Il faut l'aider à réaliser sa vie.
C'est cela l'insertion. Donner à manger, donner un toit, des habits,
mais aussi une envie de vivre, des projets, des rêves, une volonté de se
dépasser, quels que soient son niveau et son âge. .
Pour moi le R.M.I., c'est une condition nécessaire mais pas un but en
soi. Demain on pourra peut-être trouver un autre nom, de nouveaux
moyens, de nouvelles structures. Qu'importe, pourvu qu'on soit d'accord
sur l'objectif: l'Homme et la Vie.
LES ELUS ET LES IMPOTS
P.Y.F. : Pensez-vous que le fait pour les élus de payer désormais
des impôts comme n'importe quel citoyen est susceptible de redorer le
blason de la classe politique française?
G.C. : Là aussi je répète depuis dix ans qu'il faut reconnaître qu'être
élu est maintenant "un métier".
Ce métier suppose une juste rémunération, une couverture sociale, des
possibilités de reconversion. Ce n'est pas aujourd'hui le cas pour la
plupart des élus. Bien entendu, toutes ces conditions étant remplies, il
est normal que cette rémunération soit imposée comme pour tout le monde
et selon les mêmes règles. Notons que l'indemnité parlementaire du
député européen est imposable depuis 1979. J'ajoute cependant que
contrairement à certaines vedettes du show business, de la télé ou du
sport, on voit très peu d'hommes et de femmes élus s'enrichir. Et il ne
faudrait pas que quelques cas exceptionnels ternissent l'image de tous
les élus et à travers eux, celle de la Démocratie qu'ils incarnent une
.Démocratie a ses limites et ses défauts certes. Mais n'oublions jamais
qu'un pays sans démocratie et sans élus est une dictature... Ceux qui en
sortent un peu partout dans le monde et en particulier en Europe de
l'Est depuis un an sont là pour nous le rappeler !
Si la Démocratie n'est pas un système parfait, il n'en est pas de
meilleur !
UN CONSEIL CONSULTATIF POUR LES
POPULATIONS ÉTRANGÈRES
P. Y.F. : La majorité du conseil municipal a décidé la création
d'un conseil consultatif pour les populations étrangères. Ce conseil
doit se mettre en place en principe en mars prochain. Ses représentants
devant être désignés lors d'un vote par les étrangers eux-mêmes, vivant
à Villeneuve, Mais encore faut-il que ces étrangers pour voter
s'inscrivent sur les "listes électorales. Ce qu'ils ne font guère.
Est-ce dire que voter et élire un tel conseil consultatif ne sont pas
leurs demandes prioritaires?
G.C. : Je rappelle l'objectif. Pour assurer la démocratie au
quotidien, la municipalité se doit d'écouter, de consulter les
ViIIeneuvois et de travailler avec eux à travers leurs structures.
C'est ce que nous faisons depuis 13 ans avec les Villeneuvois qui
n'ayant pas la nationalité française, ne peuvent voter aux élections
municipales.
Nos actuels interlocuteurs étrangers sont souvent des responsables
d'associations d'étrangers.
Nous avons pensé, par souci de démocratie, qu'il serait mieux que nos
interlocuteurs étrangers soient élus par les étrangers. D'où le
projet de « conseil consultatif des populations étrangères ". Il
est sûr qu'à ce jour, ils ne se sont pas bousculés pour s'inscrire sur
les listes électorales. Ils ont jusqu'au 15 février 1991 pour cela.
J'espère qu'ils comprendront l'enjeu.
P.Y.F. : Et si non?
G.C.: Sinon effectivement, s'il y avait moins de 3 à 400 inscrits...
cela me poserait un réel problème de conscience quant à la
représentativité de ses élus. .
Alors informons, expliquons et attendons... le 15 février. Nous
aviserons à ce moment là et nous déciderons alors de ce qui nous
semblera le mieux et le plus démocratique. Cela dit, n'oublions jamais
que l'apprentissage de la démocratie et son exercice ne sont jamais
faciles. Et si aujourd'hui on demandait à tous les citoyens français de
venir se réinscrire pour voter... on aurait peut-être des surprises.
UN MINISTÈRE DE LA VILLE
P. Y.F. : Pensez-vous que la création d'un ministère de la ville
soit la méthode la plus adaptée pour résoudre la globalité des
problèmes qui se posent dans une cité, logement, insertion,
délinquance, prévention... ?
G.C. : Il y a un vrai problème des banlieues et de vrais risques de les
voir tous s'enflammer. Il y a une désespérance de beaucoup de jeunes
et la démission de trop d'adultes.
Sans volonté et surtout sans actions en profondeur, notre société dans
l'ensemble confortable peut « imploser ".
Il faudra revenir sur beaucoup d'avantages acquis, de situations
douillettes, d'idées toutes faites. Il faudra aussi écouter les jeunes
et pas seulement les lycéens.
Plus qu'un ministère, il faut un grand ministre. Michel Delebarre peut
être celui-là, s'il sait mobiliser toutes les énergies qui existent et
abattre quelques citadelles administratives et politiques. Il aura
besoin de moyens et de temps.
La situation internationale explosive elle aussi en cette fin d'année
1990 lui permettra-t-elle les moyens et lui laissera-t-elle le temps? '
Ceci est une autre histoire, sinon la réponse à une autre question.
C'est cependant pour moi comme pour beaucoup d'autres sans doute un
autre sujet d'angoisse même s'il n'affaiblit en rien ma détermination
pour 1991.
LA CLASSE POLITIQUE
P. Y.F. : .vous êtes dans la même tranche d'âge que ceux qui dans
votre parti ont contesté le déficit démocratique du débat politique. .
Vous sentez-vous proche d'eux?
G.C. : Chacun conviendra que je n'ai pas attendu aujourd'hui pour
critiquer l'état de la vie politique et l'évolution des structures des
partis.
Je ne me suis pas fait que des amis en le disant, en particulier après
le dernier congrès socialiste de Rennes.
Actuellement, je suis heureux de voir que cela bouge même si je ne suis
pas sûr que cela bouge réellement en profondeur. Nos démocraties sont
malades de leurs structures. Il faut faire attention cependant à ne «
pas tuer les malades" en détruisant les structures. Une démocratie a
besoin de partis et les partis ont besoin de pouvoir débattre en leur
sein autant qu'entre eux. .
Il faut les moderniser, « épurer" leurs appareils de 'tous les
profiteurs et « arrivistes " de tous poils, leur redonner projets et
programmes, et définir de nouvelles raisons et de nouvelles
formes de militantisme.
P. Y.F. : Vous avez des pistes?
G.C.: Je pense que l'Europe, "nouvelle frontière" de la vie publique
peut constituer le cadre nouveau de nouvelles formes de démocratie et
d'action politique. .
C'est peut-être ma fonction de député européen, en même temps que mon
ancrage local au contact des citoyens et de leurs problèmes, qui, après
m'avoir fait dénoncer avant bien d'autres les dérives partisanes,
m'empêchent aujourd'hui de surenchérir dans la facilité médiatique.
Le combat politique, le militantisme, la vie élective n'ont jamais été
faciles pour les vrais militants et les élus qui' travaillent. C'est à
eux d'aller à la rencontre d'une opinion publique très désabusée, en
apportant de vraies réponses aux vrais problèmes... même s'il faut pour
cela casser quelques « idoles" et brûler quelques « images ".
Propos recueillis par
Pierre-Yves Flament auprès
de Gérard Caudron,
Maire de Villeneuve-d'Ascq
et Député Européen.
Le 28 décembre 1990.
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