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Paroles de Maire

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N° 61 - janvier 1991

 

 

 

L'INSERTION: CHACUN DOIT Y APPORTER SA PART

 

MÉTRO ET TRAMWAY

 

P. Y.F. : Le maire de Villeneuve-d'Ascq peu-il être satisfait du tracé de la ligne 2 du métro, qui reliera Lille à Roubaix-Tourcoing?

Gérard Caudron: Je suis, très heureux que le bon sens l'ait enfin emporté, avec la décision communautaire d'une ligne continue, assurant la liaison Lille-Mons-Vil­leneuve-Wasquehal-Croix-Roubaix-Tourcoing.

Après les deux premières lignes déjà construites, ce sera en fait la ligne N° 3, la plus chère sans doute, mais aussi une ligne indispensable pour rééquilibrer la Métropole et lui donner toutes ses chances.

Je regrette cependant tout le temps perdu. Car ce tracé adopté à l'unanimité le 21 décembre 1990 par le conseil de la CUDL, l'avait déjà été, il Y a plusieurs années au­paravant, avant d'être remis en cause d'abord par Marcq et La Madeleine, puis par Wasquehal et Roubaix.

Avec un tramway moderne dès 1993, Villeneuve-d'Ascq aura en son Nord, deux stations de tramway et une ou deux stations de métro.

L'élu communautaire est satisfait. Le maire aussi bien entendu.

Restera, au-delà des calculs financiers toujours compli­qués et "rassurants" parfois, à assurer le développe­ment économique optimal de notre Métropole, pour permettre le financement de cet important investisse­ment qui s'ajoute à tous les autres « grands projets com­munautaires ".

C'est maintenant notre tâche prioritaire tout autant que celle de respecter les délais fixés pour la construction­ de la ligne. L'apport Villeneuvois sera important, si on nous en donne tous les moyens.

 

 

R.M.I., DEUX ANS APRÈS

 

P.Y.F. : Le R.M.I., revenu minimum d'insertion a deux ans. Vous étiez de ceux qui avaient réfléchi à cette me­sure visant à réduire la misère tout en aidant les béné­ficiaires à se réinsérer. Avant même le vote de la loi, Villeneuve mettait en place des actions d'insertion.

Quel premier bilan peut-on en tirer?

 

G.C. : Même si elle n'est pas disparue, la misère a été réduite avec cependant le maintien de marginaux et sur­tout des insuffisances pour les moins de 25 ans. L'in­sertion n'a pas été à la hauteur de ses ambitions et là c'est plus grave. Certains départements n'ont pas joué "le jeu" et d'autres ont une vision restrictive de l'Inser­tion. A Villeneuve, nous nous étions préparés à organiser l'insertion. Si bien que le dispositif a été ici très rapide­ment opérationnel.

Nous sommes restés en avance quantitativement par le nombre de dossiers traités et de contrats d'insertion si­gnés, qualitativement par une diversification des actions et un multipartenariat accru.

Nous avons su impulser ce multipartenariat dans le cadre de la mission locale et nous avons eu la chance, d'avoir une équipe de circonscription sociale qui a su se mobiliser et travailler de concert avec nous pour un réel travail d'insertion.

Deux après la mise en œuvre du R.M.I. on peut dire que la Commission Locale d'Insertion et tous les acteurs de l'insertion sur la ville ont bien travaillé.

Depuis deux ans, 600 foyers Villeneuvois ont bénéficié du R.M.I. et chaque mois plus de 300 foyers reçoivent une allocation et bénéficient de mesures d'insertion.

 

P. Y.F. : Quelles initiatives nouvelles la ville est-elle prête à prendre pour l'insertion?

 

G.C. : L'insertion est l'affaire de tous. Elle nécessite la mobilisation de tous et ne doit pas rester une affaire de spécialistes. Cela dit chaque partenaire doit y apporter sa part d'effort.

Pour sa part, la municipalité, au-delà du fi­nancement apporté au fonctionnement de la maison locale, prendra en 1991 des ini­tiatives nouvelles pour l'insertion.

Elle accueillera ainsi dans ses services des personnes en .contrat emploi solidarité, à la condition que cela se situe dans une dé­marche d'insertion et soit accompagné de formation.

Elle apportera une aide financière aux as­sociations qui accueilleront des personnes en contrat emploi solidarité.

Elle débloquera des moyens adaptés pour permettre le développement de l'offre de formation sur Villeneuve.

Elle renforcera les liens entre le monde de l'insertion et le monde. économique.

 

P. Y.F. : Au fait l'insertion, qu'est-ce que cela signifie pour vous?

G.C.: Il ne faut jamais désespérer de l'Homme qui doit toujours être considéré' comme un tout. Il faut l'aider à réaliser sa vie.

C'est cela l'insertion. Donner à manger, donner un toit, des habits, mais aussi une envie de vivre, des projets, des rêves, une volonté de se dépasser, quels que soient son niveau et son âge. .

Pour moi le R.M.I., c'est une condition né­cessaire mais pas un but en soi. Demain on pourra peut-être trouver un autre nom, de nouveaux moyens, de nouvelles struc­tures. Qu'importe, pourvu qu'on soit d'ac­cord sur l'objectif: l'Homme et la Vie.

 

LES ELUS ET LES IMPOTS

 

P.Y.F. : Pensez-vous que le fait pour les élus de payer désormais des impôts comme n'importe quel citoyen est susceptible de redorer le blason de la classe politique française?           

G.C. : Là aussi je répète depuis dix ans qu'il faut reconnaître qu'être élu est maintenant "un métier".

Ce métier suppose une juste rémunération, une couverture sociale, des possibilités de reconversion. Ce n'est pas aujourd'hui le cas pour la plupart des élus. Bien entendu, toutes ces conditions étant remplies, il est normal que cette rémunération soit imposée comme pour tout le monde et selon les mêmes règles. Notons que l'indemnité parlementaire du député européen est imposable depuis 1979. J'ajoute cependant que contrairement à certaines vedettes du show business, de la télé ou du sport, on voit très peu d'hommes et de femmes élus s'enrichir. Et il ne faudrait pas que quelques cas exceptionnels ternissent l'image de tous les élus et à travers eux, celle de la Démocratie qu'ils incarnent une .Démocratie a ses limites et ses défauts certes. Mais n'oublions jamais qu'un pays sans démocratie et sans élus est une dictature... Ceux qui en sortent un peu partout dans le  monde et en particulier en Europe de l'Est depuis un an sont là pour nous le rappeler !

Si la Démocratie n'est pas un système parfait, il n'en est pas de meilleur !                                       

 

UN CONSEIL CONSULTATIF POUR LES POPULATIONS ÉTRANGÈRES

 

P. Y.F. : La majorité du conseil municipal a décidé la création d'un conseil consultatif pour les populations étrangères. Ce conseil doit se mettre en place en principe en mars prochain. Ses représentants de­vant être désignés lors d'un vote par les étrangers eux-mêmes, vivant à Villeneuve, Mais encore faut-il que ces étrangers pour voter s'inscrivent sur les "listes électorales. Ce qu'ils ne font guère. Est-ce dire que vo­ter et élire un tel conseil consultatif ne sont pas leurs demandes prioritaires?

 

G.C. : Je rappelle l'objectif. Pour assurer la démocratie au quotidien, la municipalité se doit d'écouter, de consulter les ViIIeneu­vois et de travailler avec eux à travers leurs structures. C'est ce que nous faisons de­puis 13 ans avec les Villeneuvois qui n'ayant pas la nationalité française, ne peu­vent voter aux élections municipales.

Nos actuels interlocuteurs étrangers sont souvent des responsables d'associations d'étrangers.

Nous avons pensé, par souci de démocra­tie, qu'il serait mieux que nos interlocuteurs étrangers soient élus par les étrangers. D'où le projet de « conseil consultatif des populations étrangères ". Il est sûr qu'à ce jour, ils ne se sont pas bousculés pour s'inscrire sur les listes électorales. Ils ont jusqu'au 15 février 1991 pour cela. J'es­père qu'ils comprendront l'enjeu.

 

P.Y.F. : Et si non?

 

G.C.: Sinon effectivement, s'il y avait moins de 3 à 400 inscrits... cela me poserait un réel problème de conscience quant à la représentativité de ses élus. .

Alors informons, expliquons et attendons... le 15 février. Nous aviserons à ce moment là et nous déciderons alors de ce qui nous semblera le mieux et le plus démocratique. Cela dit, n'oublions jamais que l'apprentis­sage de la démocratie et son exercice ne sont jamais faciles. Et si aujourd'hui on de­mandait à tous les citoyens français de ve­nir se réinscrire pour voter... on aurait peut-être des surprises.

 

 

UN MINISTÈRE DE LA VILLE

 

P. Y.F. : Pensez-vous que la création d'un ministère de la ville soit la méthode la plus adaptée pour résoudre la globalité des pro­blèmes qui se posent dans une cité, loge­ment, insertion, délinquance, préven­tion... ?

 

G.C. : Il y a un vrai problème des banlieues et de vrais risques de les voir tous s'en­flammer. Il y a une désespérance de beau­coup de jeunes et la démission de trop d'adultes.

Sans volonté et surtout sans actions en profondeur, notre société dans l'ensemble confortable peut « imploser ".

Il faudra revenir sur beaucoup d'avantages acquis, de situations douillettes, d'idées toutes faites. Il faudra aussi écouter les jeunes et pas seulement les lycéens.

Plus qu'un ministère, il faut un grand mi­nistre. Michel Delebarre peut être celui-là, s'il sait mobiliser toutes les énergies qui existent et abattre quelques citadelles ad­ministratives et politiques. Il aura besoin de moyens et de temps.

La situation internationale explosive elle aussi en cette fin d'année 1990 lui permet­tra-t-elle les moyens et lui laissera-t-elle le temps? '

 

Ceci est une autre histoire, sinon la ré­ponse à une autre question. C'est cepen­dant pour moi comme pour beaucoup d'autres sans doute un autre sujet d'an­goisse même s'il n'affaiblit en rien ma dé­termination pour 1991.

 

 

LA CLASSE POLITIQUE

 

P. Y.F. : .vous êtes dans la même tranche d'âge que ceux qui dans votre parti ont contesté le déficit démocratique du dé­bat politique. . Vous sentez-vous proche d'eux?

 

G.C. : Chacun conviendra que je n'ai pas attendu aujourd'hui pour critiquer l'état de la vie politique et l'évolution des struc­tures des partis.

Je ne me suis pas fait que des amis en le disant, en particulier après le dernier congrès socialiste de Rennes.

Actuellement, je suis heureux de voir que cela bouge même si je ne suis pas sûr que cela bouge réellement en profondeur. Nos démocraties sont malades de leurs structures. Il faut faire attention cepen­dant à ne « pas tuer les malades" en détruisant les structures. Une démocratie a besoin de partis et les partis ont besoin de pouvoir débattre en leur sein autant qu'entre eux. .

Il faut les moderniser, « épurer" leurs ap­pareils de 'tous les profiteurs et « arri­vistes " de tous poils, leur redonner pro­jets et programmes, et définir de nou­velles raisons et de nouvelles formes de militantisme.

 

P. Y.F. : Vous avez des pistes?

 

G.C.: Je pense que l'Europe, "nouvelle frontière" de la vie publique peut consti­tuer le cadre nouveau de nouvelles formes de démocratie et d'action poli­tique. .

C'est peut-être ma fonction de député européen, en même temps que mon an­crage local au contact des citoyens et de leurs problèmes, qui, après m'avoir fait dénoncer avant bien d'autres les dérives partisanes, m'empêchent aujourd'hui de surenchérir dans la facilité médiatique.

Le combat politique, le militantisme, la vie élective n'ont jamais été faciles pour les vrais militants et les élus qui' tra­vaillent. C'est à eux d'aller à la rencontre d'une opinion publique très désabusée, en apportant de vraies réponses aux vrais problèmes... même s'il faut pour cela cas­ser quelques « idoles" et brûler quelques « images ".

 

 

Propos recueillis par

Pierre-Yves Flament auprès

de Gérard Caudron,

Maire de Villeneuve-d'Ascq

et Député Européen.

Le 28 décembre 1990.